Non, la retraite à 65 ans n’est pas une fatalité !

En pleines concertations avec les « partenaires sociaux », Élisabeth Borne ré-affirme son obstination – c’est-à-dire celle du Chef de l’État – à vouloir reculer l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

Pour faire passer la pilule, la propagande gouvernementale n’hésite pas à recourir à un mensonge grossier, l’argument du déficit des caisses de retraite ! A l’en croire, ce mal serait nécessaire pour « sauver » le système par répartition et le report progressif de 62 à 65 ans d’ici 2031(quatre mois par an à partir de 2023) permettrait paraît-il de ramener le système à l’équilibre dans les dix ans. En bon prince, le gouvernement n’écarte pas un report à 64 ans en contrepartie d’un allongement de la durée de cotisation …

Pourtant, dans un sondage réalisé par Ifop fin septembre, seuls 22% des Français se disaient favorables aux 65 ans (dont 44% des électeurs macronistes et 35% des électeurs LR).

Qu’en est-il du fameux déficit ?

Dans les projections du COR (Conseil d’Orientation des Retraites), l’évolution des retraites est sous contrôle et la part des retraites dans le PIB serait stable (de l’ordre de 14 %) malgré la hausse du nombre de retraités. Après deux années d’excédents (900 millions € en 2021 et 3,2 milliards € attendus en 2022) les faibles déficits projetés d’ici 2032 (0,5 à 0,8 point de PIB) proviennent de l’hypothèse d’une forte baisse des emplois et des salaires du secteur public par rapport à ceux du secteur privé. D’autant que les réserves totales du système de retraite sont à même de couvrir ces besoins conjoncturels de financement : elles s’élèvent à 8,3 % du PIB.

En outre, les économies globales générées par un recul de l’âge légal seront moins élevées qu’attendues car la réforme conduira à un transfert de dépenses des caisses de retraite vers l’assurance chômage, la maladie, l’invalidité et les minima sociaux.

Il n’y donc pas péril en la demeure !

De maigres concessions

Pour faire avaler la dragée empoisonnée, le gouvernement brandit quelques concessions plus ou moins formelles :

  • le maintien de l’âge de départ sans décote à 67 ans, annoncée comme « pour faire une réforme juste, notamment pour les femmes » alors que cette mesure existe déjà aujourd’hui !
  • un minimum retraite à 1 200 euros pour tous les retraités qui peuvent justifier d’une carrière complète (c’était la loi 2003 d’un minimum de pension à 85 % du SMIC net !); cette annonce ne concernera ni les retraité.es actuel.les, ni les plus petites retraites résultant de carrières incomplètes, au premier rang desquelles figurent les femmes
  • une prise en compte de la pénibilité et des carrières longues, vagues promesses encore floues (faut-il rappeler que quatre critères de pénibilité avaient été supprimés en 2017 par Macron ?)

Mais pour inciter à travailler encore plus longtemps, des droits supplémentaires à la retraite seront ouverts aux retraités qui travaillent …

Mais une dégradation de la situation des travailleurs âgés

En particulier des ouvriers, qui ont déjà du mal à se maintenir en emploi. La réforme augmenterait de 1,2 million la population disponible pour travailler, alors que le taux de chômage tenant compte du temps partiel subi et des chômeurs découragés, est de l’ordre de 14 %.

De plus, l’objectif fixé pour une retraite à taux plein s’éloigne avec l’allongement de la durée de cotisation (41,5 ans pour la génération 1955 ; 43 ans pour la génération 2000) alors que la durée de carrière diminue de façon inquiétante (40,5 ans pour la génération 1955 ; 38 ans attendus pour la génération 2000). La baisse des pensions va parconséquent s’intensifier (prorata des années travaillées, décote).

Et une injustice flagrante

La retraite à 65 ans frappe de plein fouet les catégories populaires : l’espérance de vie des 5 % les plus pauvres est inférieure de 13 ans à celle des 5 % les plus aisés chez les hommes et de 8 ans chez les femmes. Et à 65 ans, 23 % des plus pauvres sont déjà morts (hommes : 30 %) contre seulement 5 % des plus riches.

Les seniors qui sont enjoints à « travailler plus » sont bien souvent mis à la porte de leurs entreprises. La réforme va donc allonger la période de précarité car de nombreux seniors alternent déjà chômage et inactivité entre sortie du marché du travail et retraite. Ainsi, 32 % des personnes nées en 1950 n’étaient plus en emploi l’année avant leur retraite. Les seniors risquent d’être plus nombreux et plus longtemps au chômage alors même que les possibilités d’emploi des chômeurs, des jeunes et des femmes seront réduites.

Un calendrier serré et choisi sur mesure

Le 15 décembre, les derniers arbitrages auront été finalisés et la Première ministre présentera la nouvelle réforme des retraites promise par Emmanuel Macron, juste avant la trêve des confiseurs, en pleines fêtes de fin d’année !

Le texte devra ensuite être présenté en Conseil des ministres au début 2023, pour un examen au Parlement au printemps et une entrée en vigueur avant la fin de l’été.

Si cette loi passe, « la réforme s’appliquera à partir de l’été 2023 », en commençant par ceux nés « au deuxième semestre 1961 ».

Les objectifs politiques de la réforme

Depuis des années, les gouvernements successifs s’attachent à détricoter méticuleusement notre système de retraites : réduire les pensions, dégrader la protection vieillesse par répartition et favoriser les alternatives privées, c’est à dire le système par capitalisation.

Les objectifs politiques cachés de la réforme : réduire les dépenses publiques pour rassurer la Commission européenne, réduire le déficit public, se donner des marges pour diminuer les impôts des entreprises et développer les retraites complémentaires par capitalisation, pour les ménages qui le peuvent, en baissant fortement les pensions.

Comme pour la réforme de l’assurance-chômage, Macron et son gouvernement s’attaquent au modèle social français ; l’objectif consiste à contraindre les actifs à accepter des emplois mal payés, avec de mauvaises conditions de travail.

Les pistes pour améliorer et développer les retraites

Pour maintenir le niveau relatif des retraites et des conditions satisfaisantes de départ, il est nécessaire d’accroître le volume des cotisations alimentant les caisses de retraite. Pour cela, plusieurs pistes existent :

  • augmenter les salaires et non la distribution de primes sans droits sociaux rattachés,
  • supprimer les exonérations de cotisations n’ayant aucunement stimulé l’emploi,
  • augmenter légèrement les taux de cotisations (0,25 point par an pendant 20 ans),
  • instaurer l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes, …

Pour rendre le système plus juste :

  • supprimer la décote pour les bas salaires
  • concentrer les avantages familiaux sur les femmes
  • étendre la prise en compte de la pénibilité

Enfin, reconsidérer le système de retraite doit s’inscrire dans un choix de société alliant une protection sociale solide, une meilleure répartition des revenus, une réduction du temps de travail, un retour à la
retraite à 60 ans afin de travailler moins, et mieux, pour travailler tous et toutes et un modèle de développement capable de répondre aux besoins sociaux tout en sauvegardant les équilibres écologiques.

Pour aller plus loin …

Plaquette du Collectif « Nos Retraites »

[Revoir] Débat d’Attac : « Retraites : travailler moins longtemps pour vivre mieux ! »

Communiqués intersyndicaux

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