Extraits de l’intervention d’Attac à Roubaix le 28 janvier 2026
Remerciements à Vincent Gath-Drezet pour sa relecture

Le système fiscal est un pilier de notre pacte social : c’est en effet ce modèle redistributif qui a permis pendant des années à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Or ce modèle est aujourd’hui particulièrement sous pression et, notamment depuis 2017, la politique économique s’est résumée à des cadeaux aux plus riches et aux multinationale
- Les gouvernements refusent de faire payer leur juste part d’impôt à ces privilégiés et vont imposer le coût considérable d’une politique d’austérité sur le reste de la population
- Les privilèges fiscaux d’une poignée sont donc maintenus quoi qu’il en coûte, alors même que le fameux ruissellement censé les justifier ne s’est jamais produit
Alors que la pauvreté en France a atteint son plus haut niveau depuis 30 ans :
voir l’étude de l’INSEE (juillet 2025) qui montre qu’en 2023, 15,4 % de la population vivent dans la pauvreté, soit 10 millions de Français ;
touchant particulièrement les chômeurs, les familles monoparentales, les immigrés.
D’après le rapport Oxfam, sorti le 19 janvier 2026 (jour de l’ouverture du forum Davos, grand messe du néolibéralisme et des multinationales)
- Les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que la moitié de la population (plus de 32 millions de personnes)
- La fortune des milliardaires français a doublé, depuis l’arrivée au pouvoir de Macron en 2017 : avec un gain de plus de 220 Md€ concentré sur une poignée de personnes (32)
Eric Lombard, ministre de l’Économie jusqu’en septembre 2025, a déclaré le 11 janvier 2026 « La Direction des finances publiques avait regardé : parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu ! », ce qu’Attac et d’autres dénoncent depuis des années.

En fait, il existe 2 anomalies :
- le taux d’imposition réel, au lieu d’être progressif, décroît au-delà d’un certain niveau de revenus : il diminue à partir de 900 000 € pour passer carrément sous la barre des 20 % au-delà de 2 à 3 M€ (contre 50% pour les classes moyennes)
- les plus riches échappent à l’impôt en plaçant leurs revenus dans des holdings (sociétés-écrans) ; cette anomalie avait d’ailleurs été soulignée dans l’étude par l’Institut des Politiques Publiques en 2023 (à partir de données datant de 2016)
La taxe Zucman, pourtant plébiscitée par 86 % des Français, a été rejeté lors de l’examen du PLF 2026 : cet impôt-plafond vise simplement à imposer à hauteur de 2 % tous les patrimoines au-delà de 100 M€ (et ne concerne que 1800 foyers fiscaux)
Cette taxe Zucman n’est pas révolutionnaire, mais elle a plusieurs mérites : relancer le débat sur la progressivité du système fiscal, et montrer la réalité de l’optimisation fiscale agressive et souvent de la fraude fiscale pratiquées par les plus riches
Historique de la politique fiscale des gouvernements depuis une trentaine d’années
Du coup, la dette publique a été creusée par ces baisses d’impôts : entre 2017 et 2023, Attac a chiffré un montant net de 308 Md€ de manque à gagner pour les finances publiques (dont les 2/3 sont dus aux cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises)
Macron assurait que ses mesures allaient permettre à leurs bénéficiaires d’investir, de créer des emplois et, in fine, d’améliorer la situation de l’ensemble de la population. C’est la fameuse théorie du ruissellement.
l’INSEE vient de le confirmer : le ruissellement a bien existé, mais vers le haut !
Voir son étude récente (juillet 2025) sur le niveau de vie et pauvreté en 2023 :
- les 30 % de la population les plus pauvres ont subi une baisse de leur niveau de vie
- les 30 % les plus aisés ont connu une hausse de leur niveau de vie, avec une hausse plus marquée chez les plus aisés
- L’INSEE conclut : « La baisse du niveau de vie des plus modestes, concomitante à la hausse de celui des plus aisés, conduit les indicateurs d’inégalités à atteindre des niveaux parmi les plus élevés depuis 30 ans »
De plus, la hausse des revenus financiers, moins imposés que les revenus du travail ou les pensions de retraite, a donné lieu à des distributions record de dividendes : en 2025, la barre des 100 Md€ franchie, avec 107 Md€ versés aux actionnaires du CAC 40 !
En résumé : Les politiques fiscales menées depuis 2017 n’ont donc pas seulement été coûteuses (en alimentant la dette publique) et inefficaces, elles se sont aussi traduites par une hausse des inégalités sur fond de hausse de la pauvreté : les riches encore plus riches, les pauvres encore plus pauvres et encore plus nombreux
Les différents moyens à disposition des fortunés et des entreprises pour soustraire des sommes considérables aux budgets publics ne manquent pas : la fraude et l’évasion fiscales, les niches fiscales, ou encore les aides publiques aux grosses entreprises
Les Md€ qui échappent aux budgets publics sont autant de trous dans le financement des services publics et de la protection sociale, pourtant essentiels
La fraude et l’évasion fiscales
La France perd chaque année jusqu’à 100 Md€ de recettes fiscales et sociales dû à l’évasion fiscale, soit équivalent au montant de l’impôt sur les revenus. Elle est pratiqué pour les 2/3 par les entreprises, pour 1/3 par les particuliers

L’évasion fiscale prend différentes formes :
Ne pas confondre avec la fraude sociale :
- Elle s’élève globalement à 13 Md€ par an (à comparer aux 100 M€ pour la fraude et l’évasion fiscales)
- Elle comprend la fraude aux prestations sociales (celle dont on parle beaucoup) et la fraude aux cotisations sociales (celle dont on parle le moins)
- La fraude sociale est souvent pointée par le gouvernement pour culpabiliser les bénéficiaires, en particulier les plus pauvres
- Alors qu’il faudrait lutter contre la fraude des entreprises (56 %) et des professionnels de santé (10%) qui en représentent les 2/3 (soit 8 Md€ par an)
Les niches fiscales
Les niches fiscales (au nombre de 467) prennent la forme d’exonérations, de déductions, de réductions ou de crédits d’impôt. Son coût budgétaire est officiellement évalué à 85 Md€ en 2025 (environ la moitié du déficit public).
En fait, l’ensemble des niches fiscales et des dispositifs dérogatoires représente un manque à gagner global bien au-delà de 100 Md€.

La suppression des niches fiscales inutiles et injustes, permettrait de dégager près de 20 Md€ de recettes budgétaires à court terme, et davantage à moyen et long terme.
On peut citer les niches fiscales suivantes :
Les niches sociales
Celles qui sont liées aux réductions, déductions, exonérations de cotisations sociales et qui affectent le budget de la Sécurité sociale :
Les aides publiques aux grosses entreprises
Les aides publiques ont été évaluées récemment à 211 Md€ pour l’année 2023 (commission d’enquête du Sénat) et représentnt le 1er poste budgétaire de l’État.
Ces milliards, censés soutenir l’investissement et l’emploi, sont versés sans conditions ni contreparties à leurs bénéficiaires. Alors qu’il faudrait imposer des règles : lier ces aides à des engagements sociaux et environnementaux, contrôler leur usage, exiger leur remboursement en cas de tricherie.

On peut citer par exemple le cas emblématique du groupe pharmaceutique Sanofi :
Autrefois étroitement liée aux investisseurs institutionnels européens, Sanofi est aujourd’hui largement détenue par les plus grands gestionnaires d’actifs, fonds de pension et autres fonds spéculatifs mondiaux.
C’est un cas emblématique de multinationale qui reçoit pléthore d’aides publiques et de niches fiscales.
Sanofi est le grand bénéficiaire …
- de CIR (crédit impôt recherche) : 1,5 Md€ pour les 10 dernières années, à raison d’une enveloppe de 105 à 115 M€ chaque année
- d’exonérations et d’allègements de cotisations (7,4 M€ en 2023)
- d’aide sur projets : 5 M€ de Bpifrance, de la maîtrise de l’énergie (Ademe), des régions, et d’autres collectivités territoriales
- de mécénat d’entreprise (17,7 M€)
Alors que dans le même temps, Sanofi …
- Licencie à tour de bras : depuis 2009, 24 sites ont été fermés ou cédés et 12 000 emplois en CDI ont été supprimés
- Verse des dividendes astronomiques à ses actionnaires : entre 4 et 5 Md€ sont versés aux actionnaires de Sanofi chaque année auxquels s’ajoutent des rachats d’actions de plusieurs Md€
- Pratique le blanchiment de fraude fiscale, qui a donné lieu à une perquisition au siège de Sanofi le 25/11/2025 : des filiales, créées par la Société générale au Luxembourg, récupéraient une partie des profits de Sanofi (pour partie alimentés par le CIR) réduisant d’autant le bénéfice pouvant être taxé en France
Paul Hudson, patron de Sanofi, était à la Maison Blanche en décembre 2025 pour signer un accord avec l’adminstration américaine afin d’éviter des droits de douane sur les médicaments … en contrepartie d’un investissement de 20 Md€ aux États-Unis et l’augmentation de ses capacités de production outre-Atlantique
Répercussions sur la vie des gens
La baisse des recettes publiques a comme corollaire la baisse des dépenses publiques, qui se traduit par :
- la destruction des services publics, qui disparaissent de nombreux territoires, et dont la population, se sentant abandonnée, a tendance à se tourner vers le RN
- la destruction de la protection sociale, qui s’accompagne du transfert de nombreuses prestations vers le secteur marchand, plus cher et plus inégalitaire : la part des complémentaires santé et retraite, augmente dans les dépenses sociales globales de la population
Des sommes colossales sont ainsi extraites annuellement des budgets publics (État, collectivités, sécurité sociale) ; elles ont pour conséquences l’explosion de la précarité en France : pauvreté en conditions de vie, le reste à vivre, le taux d’effort logement ou l’accès aux services publics

Des sommes colossales sont ainsi extraites annuellement des budgets publics (État, collectivités, sécurité sociale) ; elles ont pour conséquences l’explosion de la précarité en France : pauvreté en conditions de vie, le reste à vivre, le taux d’effort logement ou l’accès aux services publics
Face à cette crise, la majorité sénatoriale ne trouve rien de mieux que de « détricoter » la loi SRU (cf proposition de loi LR de Mme Estrosi, appelée CHOC « Conforter l’Habitat, l’Offre de logements et la Construction ») ce dont se félicite le ministre du logement, Jeanbrun, qui entend poursuivre cet objectif.
La capacité du modèle redistributif (notamment grâce aux prestations sociales) à diminuer le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté a fortement diminué : la part des ménages sortis de la pauvreté grâce aux prestations, qui était de 37 % en 2017, a dégringolé à 28 % en 2023.
Mesures proposées par ATTAC à l’occasion du PLF 2026
Lors de la campagne Un autre budget est vital ! Attac a montré qu’il était possible de récupérer 40 Md€ dès 2026 et 100 Md€ à moyen-terme sans impacter les classes populaires et moyennes et sans mettre les PME à contribution …

Lors de la campagne Un autre budget est vital ! Attac a montré qu’il était possible de récupérer 40 Md€ dès 2026 et 100 Md€ à moyen-terme sans impacter les classes populaires et moyennes et sans mettre les PME à contribution …
Enfin, il faudait un renforcement du contrôle de l’ensemble des dispositifs dans le cadre d’une lutte résolue contre la fraude fiscale. Tant par la DGFip pour les niches fiscales que par les URSSAF pour les niches sociales.
Ce qui n’est pas la voie prise actuellement avec la suppression de nombreux emplois à la DGFip et la diminution continue des contrôles …





