Services Publics : Urgence

Les tribunes se succèdent dans la presse pour alerter sur la situation critique des services publics en France. Elles émanent le plus souvent de collectifs, qui tentent d’attirer l’attention des candidats à l’élection présidentielle, et surtout celle des électeurs, sur l’urgence à agir si l’on veut éviter un effondrement. La situation n’est pas nouvelle, elle est le fruit d’une dégradation continue sur des décennies. La pandémie a simplement rappelé l’extraordinaire bien commun que constituent ces services publics, et mis en évidence à quel point ils étaient aujourd’hui fragilisés.

Lire la tribune du Monde du 14 février 2022
« Les services publics sont notre avenir, leur réinvention est primordiale » : le plaidoyer de 400 citoyens
L’accès de tous aux droits fondamentaux se dégrade, s’alarment, dans une tribune au « Monde », des militants associatifs, des membres de collectifs d’agents publics, des syndicalistes et des personnalités de la culture.

Tous les secteurs sont concernés

La Justice : en novembre dernier, 3000 magistrats ont signé une tribune dans « Le Monde » pour dénoncer une situation devenue insoutenable, pour les personnels comme pour les justiciables : « une justice qui n’écoute pas, qui raisonne uniquement en chiffres, qui chronomètre tout et comptabilise tout ».

L’Education : la dépense publique consacrée à l’éducation, rapportée au PIB, est plus faible aujourd’hui qu’il y a 20 ans. En 1980, un professeur de collège débutait avec un salaire égal à 2.3 fois le salaire minimum, aujourd’hui il débute avec un salaire égal à 1.3 fois le SMIC… Le métier d’enseignant n’est plus attractif. Le nombre d’élèves par classe dans le second degré a augmenté, ainsi que le recours aux heures supplémentaires et aux enseignants non fonctionnaires. Et, sans surprise, les résultats ne sont pas bons, quel que soit l’indicateur choisi pour évaluer le niveau des élèves.

La Recherche : la dépense publique consacrée à la recherche, rapportée au PIB, est plus faible aujourd’hui qu’en 2014. Le nombre des recrutements annuels au CNRS a chuté de 40% en 10 ans, il a chuté dans les mêmes proportions à l’Université. Les crédits de fonctionnement récurrents se sont effondrés au profit de financements sur projet, ce qui a contraint les chercheurs à consacrer à la recherche de financement plus de temps qu’ils n’en consacrent à la recherche scientifique elle-même. Les salaires proposés et le faible nombre des postes ouverts découragent les jeunes scientifiques de rester en France.

Parallèlement, le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) accordé aux entreprises par l’État a plus que triplé en 10 ans, pour atteindre un montant équivalent à 2 fois le budget du CNRS. Un choix politique de financer la recherche privée aux dépens de la recherche publique, dont la Cour des Comptes n’a cessé de contester la mise en œuvre : coût non maîtrisé pour les finances publiques, efficacité difficile à établir, gestion lourde et coûteuse, usages frauduleux et contrôles insuffisants …  

Résultat : la position de la France ne cesse de reculer dans le classement des pays en fonction de leur rayonnement scientifique, quel que soit l’indicateur retenu pour établir ce classement. Son retard remarqué dans la course à un vaccin anti-covid en est un exemple.

La Santé : la réduction imposée du nombre des lits d’hôpitaux, le manque de personnel, les salaires dissuasifs… Tout a été fait pour conduire les hôpitaux publics au bord de l’explosion. Considérés comme insuffisamment « rentables », certains services ont été purement et simplement supprimés. Des hôpitaux sont menacés de disparition, nous sommes bien placés en Nord-Essonne pour le savoir et le refuser.

Etc…   Tous les secteurs du service public sont concernés.

Le privé se déploie inexorablement aux dépens du public

Face à la saturation des services publics, un secteur privé s’est développé dans les domaines où cela était possible, et surtout très rentable, comme la santé, l’enseignement ou la prise en charge de la dépendance. La proportion des lits en hôpitaux privés (aujourd’hui 25%), et celle des lits dans les EHPAD privés à but lucratif (22%), sont en augmentation continue. Dans l’enseignement supérieur, les établissements privés se multiplient et affichent une prospérité indécente quand l’Université gère tant bien que mal une extrême pénurie. La proportion des étudiants en établissement privé a atteint 21% en 2020, et les fonds d’investissement se bousculent à la porte de ce marché juteux en pleine croissance.

Dans tous ces domaines, l’État a encouragé le secteur privé par des incitations fiscales à l’investissement, des subventions, et un contrôle minimum sinon inexistant de la qualité des services rendus. Le récent scandale de la maltraitance en EHPAD privé à but lucratif a mis en lumière à quels extrêmes pouvait conduire la recherche du profit.

Par l’affaiblissement des services publics qu’ils ont décidé et organisé au cours des dernières décennies, nos dirigeants politiques sont totalement responsables de la situation actuelle.

Privé – Public : quelles différences ??

La prospérité du secteur privé provient du fait qu’il cumule les financements publics (frais pris en charge par la Sécurité Sociale ou les Ministères concernés) et la participation financière demandée aux usagers, une participation que les structures privées peuvent fixer librement. Ainsi le tarif journalier d’un hébergement en EHPAD privé peut atteindre 7 fois celui d’un hébergement en EHPAD public, les frais d’inscription dans un établissement d’enseignement supérieur peuvent varier de 170 €/an (Université – publique) à 16 000 €/an (École de commerce – privée).

Comme dans tout partenariat public-privé, le coût de la délégation d’un service public au secteur privé est bien plus élevé que le coût qu’aurait ce service s’il était géré par le public. La raison est arithmétique : au prix coûtant du service rendu, il faut ajouter la rémunération des actionnaires privés, et celle, souvent astronomique, des dirigeants de la structure privée.

Le scandale des EHPAD privés à but lucratif a démontré que, bien que coûtant beaucoup plus cher, le service rendu n’était pas meilleur dans le secteur privé, bien au contraire.

Par ailleurs, le privé ne s’intéresse qu’aux services potentiellement rentables. Et il se désintéresse totalement des inégalités d’accès à ces services, qu’elles soient financières, géographiques, ou autres.

Alors ? Stop ou Encore ??

Les services publics constituent une des missions essentielles de l’État. Ils sont un outil puissant de lutte contre les inégalités, et de cohésion sociale. Un fabuleux bien commun que de nombreux pays nous envient. Toute la population contribue à leur financement, par l’impôt et les prélèvements obligatoires. Leur coût constitue une dépense publique que l’on doit considérer comme prioritaire. Quitte à diminuer les généreuses défiscalisations et autres soutiens du contribuable aux entreprises du secteur privé qui affichent des profits « de dingue » !

Les positions des candidat-e-s de droite et d’extrême droite sont claires : ils-elles veulent toujours moins de services publics et toujours plus de privatisations. Toujours plus d’inégalités donc, comme le rappelaient les militants d’ATTAC devant le QG de campagne de LREM ce 4 mars 2022.

[Action] Devant le QG de campagne de LREM, Attac dénonce les « candidats des inégalités »

Un collectif de nombreux signataires appelle à la mobilisation en faveur des services publics :

https://printempsdesservicespublics.fr

Le 19 mars 2022, c’est le jour du Printemps des services publics : partout en France, une journée pour se rencontrer, échanger, se mobiliser, interpeller.

Signez l’appel du « Printemps des Services Publics »

Services Publics : Urgence

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